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La version de production Ju 287 A1 ou EF 131 [632]

En avril 1945, les Russes mirent la main sur de nombreuses usines allemandes ou les ingénieurs avaient développé les premiers avions à réaction. Le plus grand de ces groupes industriels était Junkers situé dans la région de Dessau et à Brandis près de Leipzig, dans la zone d’occupation soviétique. Lorsqu’ils s’emparèrent de l’usine-mère de Dessau, les Soviétiques, se montrèrent très intéressés par le concept allemand du bombardier à aile négative Ju 287 car ils étaient très en retard en matière d’avion en réaction. L’idée de pouvoir se doter rapidement d’un tel bombardier révolutionnaire fit rapidement son chemin, si bien que l’Armée rouge décida de remettre rapidement en état l’usine de Dessau pour poursuivre sur place le développement du programme Ju 287.

Pour ce faire, les Soviétiques mirent à contribution les ingénieurs et techniciens allemands capturés à l’usine mère, dont l’équipe de Hans Wocke chargée initialement du projet. Le Ju-287 V1 endommagé en janvier par la RAF fut rapatrié de Rechlin et réparé, tandis que le personnel de Junkers reçut l’ordre de poursuivre la construction des prototypes amorcée par les Allemands. Le Ju 287 V2 fut achevé en juin et le V3 pendant l'été 1945. Ce dernier fut utilisé pour les essais en vol et le V4 pour les essais statiques.

Le Ju 287 V3 était en fait le modèle expérimental de présérie du bombardier prévue par les Allemands. Pour corriger la sous-motorisation manifeste des prototypes V1 et V2 (il avait fallu leur ajouter des moteurs-fusées d’appoint sous les ailes pour les arracher du sol), les techniciens allemands décidèrent d’ajouter deux réacteurs supplémentaires aux 4 déjà existants. Si bien que le V3 emportait non plus un mais deux réacteurs sous chaque aile, en plus des 2 réacteurs fixés le long des flancs avant. Le cockpit, plus proéminent, avait également été modifié et une tourelle de queue, armée de deux mitrailleuses MG 131 télécommandées par un viseur périscopique depuis le cockpit, avait été ajoutée à l’arrière, pour assurer la protection du futur bombardier.

Un an plus tard, en août 1946, les techniciens allemands travaillant sous contrôle soviétique avaient achevé à Dessau la fabrication de l'EF-131 (Entwicklungsflugzeug 131), la version de développement finale du Ju 287. Ce bombardier, construit avec de nombreux éléments du Ju-287 V2, ressemblait beaucoup au modèle expérimental Ju 287 V3 dont il était directement dérivé. Comme lui, il possédait 6 réacteurs, mais leur disposition avait été une nouvelle fois modifiée par les techniciens de Junkers. En raison de la poussée limitée (900 kgp) des moteurs Jumo 004B, les deux nacelles encadrant les flancs avant du Ju-287 avaient été supprimées et les 6 moteurs furent finalement regroupés sous les ailes négatives, en deux grappes de trois nacelles.

Dès la fin 1947, le moteur Jumo 004B avait été copié par les Russes et était produit en petit nombre en URSS, à Kazan, sous la désignation RD-10. Comme la version russe était légèrement supérieure aux Jumo 004B allemands, les EF-131 furent équipés de RD-10 en lieu et place des Jumo prévus initialement pour le futur Ju 287 A1.

L’aile dérivait directement de celle du Ju-287, mais avec un dièdre positif considérable et un bord d’attaque principal à +19° 50'. L’EF 131 était équipé d’un train d'atterrissage tricycle et de réservoirs principaux dans la partie supérieure du fuselage. L’appareil avait une tourelle de queue télécommandée depuis le cockpit et armée de deux MG-131, comme cela avait été prévu initialement dans le projet. Il possédait un parachute de freinage dans un compartiment sous la dérive.

En août 1946, L’EF-131 (Ju 287 A1) était prêt pour son premier vol mais il fut démonté à l’usine Junkers de Dessau et expédié à Moscou avec l’équipe allemande pour former l’OKB-1. L'assemblage final eu lieu sur le terrain d'aviation d'essai de Stakhanovo (aujourd'hui Zhukovskii) ou il fut brièvement testé en vol le 23 mai 1947 par le Flugkapitan allemand Paul Julqe, prisonnier des Soviétiques.

Pour la petite histoire, l’appareil n’était jamais rempli de suffisamment de carburant pour atteindre l’Ouest. Les autorités russes exigèrent que deux prototypes EF-131 à moteurs RD-10 participent au salon aéronautique de Tushino mais ce fut impossible à réaliser. Par la suite, le premier prototype de l’EF-131 vola à nouveau, mais le 21 juin 1948 l’ordre fut donné de stopper le travail sur l’EF-131 au profit de l’EF-140, un dérivé soviétique bien plus prometteur. Un deuxième prototype était déjà en construction à Dessau : il sera cannibalisé par les Soviétiques pour la construction de l'EF-140…

 
 

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